Le conseil de retraite le plus répété au Canada est aussi l'un des plus coûteux : déplacer votre portefeuille vers les obligations à l'approche de la retraite. Cette règle empirique se présente sous différentes formes. « 100 moins votre âge en actions ». Une « trajectoire de répartition » (glide path) qui glisse vers les titres à revenu fixe. Une « répartition prudente » pour les retraités. Le conseil semble sage. Pour la plupart des retraités canadiens, les calculs disent le contraire.
Un couple canadien de 65 ans a environ 50 % de chances que l'un des deux conjoints vive jusqu'à 92 ans. Cela représente un horizon de planification de 27 ans. Traiter la retraite comme un point d'arrivée, alors qu'il s'agit en réalité d'un horizon de placement de plusieurs décennies, mène à des portefeuilles dont le patrimoine final accuse un retard de 30 à 50 % sur celui des plans axés sur les actions, en dollars indexés à l'inflation, sur l'ensemble de la retraite. Ce coût se traduit par une succession plus petite. Il se manifeste aussi plus tôt, sous la forme d'un retraité qui dépense trop peu chaque année parce que son plan lui dit qu'il n'a pas les moyens de dépenser davantage.
Cet article explique, calculs à l'appui, pourquoi la trajectoire de répartition traditionnelle corrige à l'excès le mauvais risque, pourquoi ce conseil avait du sens à une autre époque et à quoi ressemble plutôt un cadre fondé sur une exposition soutenue aux actions et un coussin de liquidités. Ce n'est pas une recommandation de répartition précise. C'est un argument pour soumettre votre plan actuel à un test de résistance qui tient compte de la réalité de la longévité d'une retraite canadienne.
La retraite est un horizon de placement de 27 ans, pas une simple affaire de revenu
L'erreur de cadrage la plus courante en planification de la retraite consiste à considérer le jour où vous cessez de travailler comme le jour où votre portefeuille n'a plus besoin de croître. Ce n'est pas le cas. Les données sur l'espérance de vie de Statistique Canada montrent qu'un Canadien de 65 ans aujourd'hui a une espérance de vie qui se situe vers le milieu de la quatre-vingtaine. C'est une moyenne. La longévité conjointe, soit la probabilité qu'au moins un des membres d'un couple soit toujours en vie, repousse sensiblement l'horizon de planification. Environ la moitié des couples canadiens de 65 ans verront l'un des conjoints atteindre 92 ans. Environ le quart verront l'un des conjoints atteindre 95 ans.
Cet horizon n'est pas un horizon de titres à revenu fixe. C'est un horizon d'actions. Sur toute période de 25 ou 30 ans de l'histoire moderne des marchés canadiens et mondiaux, les actions ont produit des rendements réels que les titres à revenu fixe ne peuvent tout simplement pas égaler. La bonne comparaison n'est pas « quel actif est le plus sûr cette année ». La bonne comparaison est « quelle catégorie d'actif finance les trois prochaines décennies de dépenses indexées à l'inflation ».
C'est là que la conversation sur la planification a tendance à bloquer. Les cinq premières années de la retraite comportent un réel risque de séquence des rendements, et ce risque est bien réel. Une baisse de 30 % des marchés au cours de la première ou de la deuxième année de retraite, combinée aux retraits, peut nuire de façon permanente à un portefeuille. Nous en avons parlé franchement dans notre analyse du risque de séquence des rendements. Mais le risque de séquence est un problème de cinq ans à l'intérieur d'une fenêtre de 30 ans. La trajectoire de répartition traditionnelle traite toute la fenêtre comme s'il s'agissait du problème de cinq ans, et c'est là que se trouve la correction excessive.
Ce que coûte réellement le passage aux obligations à la retraite sur 30 ans
Pour illustrer concrètement, prenons un portefeuille de 1 000 000 $ à 65 ans qui finance des retraits annuels de 50 000 $ indexés à l'inflation. Faisons rouler le même scénario de deux façons sur un horizon de 30 ans, à partir d'hypothèses historiques à long terme pour chaque catégorie d'actif :
Ces chiffres sont illustratifs, et non une prévision. Mais l'écart va dans le même sens dans pratiquement toutes les périodes historiques à long terme : un portefeuille de retraite axé sur les obligations accuse un retard d'environ 30 à 50 % en patrimoine final réel sur un portefeuille axé sur les actions, sur l'ensemble de la retraite. Cet écart ne se traduit pas seulement par une succession plus petite. Il se traduit par un retraité à qui son plan dit qu'il peut dépenser 50 000 $ par année en toute sécurité, alors qu'un plan moins prudent aurait permis 58 000 $ ou 62 000 $.
L'autre moitié de l'histoire, c'est l'inflation. Un portefeuille 60/40 qui rapporte 5 % en termes nominaux dans un contexte d'inflation de 3 % produit un rendement réel de 2 %. Deux pour cent ne suffisent pas à financer 30 ans de dépenses indexées à l'inflation à un niveau significatif. L'inflation est la fuite lente qui ronge de l'intérieur les portefeuilles de retraite à revenu fixe, et c'est le risque que la trajectoire de répartition traditionnelle ignore en silence pendant qu'elle se concentre sur le risque de volatilité, qu'elle voit.
Pourquoi le conseil traditionnel était juste à une autre époque
Le conseil de passer aux obligations n'est pas sorti de nulle part. Il est issu d'un paysage canadien de la retraite qui n'existe plus.
Dans les années 1970 et 1980, le retraité canadien typique avait un régime de retraite à prestations déterminées qui couvrait une part importante de ses dépenses courantes. Le RPC et la SV se rapprochaient davantage d'une source de revenu principale que d'un complément. Les retraites étaient plus courtes, souvent 15 ou 20 ans plutôt que 30. Et le rôle du portefeuille était relativement restreint : lisser le revenu en plus des flux de trésorerie garantis du régime de retraite.
Dans ce monde, passer aux obligations à 65 ans avait du sens. Ce n'était pas le portefeuille qui faisait le gros du travail. C'était le régime à prestations déterminées. La volatilité était le risque dominant, parce que le risque de longévité et le risque d'inflation étaient absorbés ailleurs.
Ce monde a disparu pour la plupart des Canadiens qui prennent leur retraite aujourd'hui. Les régimes à prestations déterminées sont concentrés dans le secteur public et dans un nombre décroissant de grands employeurs privés. La majorité de la main-d'œuvre participe à des régimes à cotisations déterminées, à des REER collectifs ou à aucun régime d'employeur. Ensemble, le RPC et la SV remplacent environ 25 à 40 % du revenu d'avant la retraite pour une personne au revenu médian, ce qui signifie que le portefeuille fait le reste du travail. Et les retraites durent de 25 à 30 ans.
La description de tâches d'un portefeuille de retraite a changé. Le conseil, lui, n'a pas suivi.
Le bon cadre : un coussin de liquidités et une exposition soutenue aux actions
Si la trajectoire de répartition traditionnelle corrige à l'excès, à quoi ressemble un cadre fondé sur les calculs pour un retraité canadien d'aujourd'hui? Trois éléments.
1. Un coussin de liquidités calibré sur votre fenêtre de risque de séquence
Le risque de séquence des rendements est réel, mais c'est un problème de cinq ans, pas de 30 ans. La façon la plus simple de le désamorcer est un coussin de liquidités : de 1 à 3 ans de dépenses essentielles conservés dans des actifs sûrs et liquides (épargne à intérêt élevé, CPG, obligations gouvernementales de courte durée). Le coussin vous permet d'éviter de vendre des actions en pleine baisse pendant les années où cela causerait des dommages permanents. Nous avons expliqué comment calibrer et constituer un coussin de liquidités ici.
La taille exacte dépend de vos besoins de dépenses, de votre revenu garanti (RPC, SV, régimes de retraite) et de votre tolérance à vendre pendant une mauvaise année. Pour la plupart des retraités, de 18 à 36 mois de dépenses essentielles constituent la bonne zone. Moins de 12 mois vous laisse exposé. Plus de trois ans commence à freiner à son tour les rendements à long terme.
2. Le reste du portefeuille demeure fortement investi en actions
Une fois le coussin de liquidités constitué, le reste du portefeuille finance un horizon de 25 à 30 ans. Cet horizon appartient aux actions. Une pondération de 70 à 80 % en actions n'est pas agressive pour une retraite canadienne de plusieurs décennies. Elle est adaptée à l'horizon pendant lequel l'argent doit réellement croître.
Diversifiée à l'échelle mondiale et axée sur une large exposition à des indices boursiers, cette portion du portefeuille fait le vrai travail : battre l'inflation et financer la deuxième moitié de la retraite. Les recherches bien connues de Vanguard sur le placement d'une somme forfaitaire font valoir le même point dans un autre contexte : c'est le temps passé sur le marché qui compte, et c'est pour cette raison que le placement d'une somme forfaitaire l'emporte deux fois sur trois sur les achats périodiques par sommes fixes. Le principe se généralise. Le coût d'être hors des actions est réel, et il se capitalise.
3. La trajectoire de répartition peut même aller dans l'autre sens
Voici la partie contre-intuitive. Une fois que vous avez traversé les cinq premières années de la retraite sans événement catastrophique lié à la séquence des rendements, le risque de l'horizon qui vous reste a diminué de lui-même. Le portefeuille qui avait besoin d'une protection contre le risque de séquence à 65 ans n'en a plus besoin de la même façon à 72 ans. Certains travaux universitaires sur les « trajectoires à pondération croissante en actions » (notamment ceux de Wade Pfau et de Michael Kitces) montrent que la répartition peut en fait augmenter la pondération en actions à mesure que le retraité vieillit et dépasse la fenêtre de risque de séquence.
Ce n'est pas une recommandation. C'est un signal que le conseil traditionnel de « réduire les actions chaque année » est exactement l'inverse de ce que les calculs appuient pour une retraite canadienne d'aujourd'hui. Les cinq premières années méritent une protection contre le risque de séquence. Les 20 à 25 années suivantes méritent une exposition soutenue aux actions.
4. Le piège de l'excès de prudence se cumule
L'une des tendances récurrentes que nous observons dans les plans Optiml, c'est le même retraité qui fait preuve d'un excès de prudence sur deux fronts à la fois. Son portefeuille est trop axé sur les obligations, et ses dépenses prévues sont inférieures à ce que les calculs permettent. Les deux se cumulent. Un portefeuille prudent produit un plan prudent, qui produit une recommandation de retrait prudente, qui produit un retraité qui dépense trop peu pendant une retraite dont il avait pourtant les moyens de profiter. Nous avons traité du volet des dépenses de ce piège dans Cessez de vous sentir coupable et dépensez davantage à la retraite. Le volet de la répartition de l'actif en est la cause en amont.
Comment Optiml modélise cette question
Le moteur de planification d'Optiml est conçu pour soumettre exactement cette question à des tests de résistance. Trois de ses fonctionnalités sont particulièrement utiles ici.
Le Score de réussite Monte-Carlo soumet votre plan de retraite à 50 scénarios de marché distincts, y compris des chocs de séquence des rendements au cours des premières années. Si la pondération en actions de votre plan est trop prudente, le score de réussite reviendra souvent quand même à 100, mais les dépenses produites par le plan seront plus basses que nécessaire. Si la pondération en actions de votre plan est trop agressive pour votre véritable tolérance au risque et votre coussin de liquidités, le score de réussite le fera ressortir dans les scénarios où le risque de séquence frappe. Des tests de résistance sur 50 scénarios permettent de voir si votre répartition actuelle est la bonne réponse pour votre situation précise, au lieu de vous fier à une règle empirique conçue pour une autre époque.
L'Optimiseur de retraits tient compte de votre composition actions-obligations dans la recommandation de dépenses sûres. Deux retraités ayant le même portefeuille total et les mêmes dépenses verront des séquences de retraits optimales différentes selon leur répartition de l'actif. Un plan axé sur les obligations produit une recommandation de retrait plus prudente, ce qui est mathématiquement correct compte tenu du rendement attendu plus faible. Un plan à exposition soutenue aux actions avec coussin de liquidités permet généralement des dépenses sûres plus élevées, parce que le portefeuille travaille davantage.
Comparer les plans est l'endroit où la question de la trajectoire de répartition se règle en un seul écran. Vous pouvez modéliser côte à côte un plan traditionnel 60/40 avec trajectoire de répartition et un plan à exposition soutenue aux actions avec coussin de liquidités, avec les mêmes hypothèses de dépenses, et voir l'écart dans la trajectoire projetée du portefeuille, l'impôt à vie projeté et la valeur projetée de la succession. Le but n'est pas de pousser chaque retraité vers plus d'actions. C'est de rendre le compromis explicite au lieu de le subir par habitude.
Pour les Canadiens qui ont des actifs dans une société ou une occasion importante de fonte du REER, la décision de répartition de l'actif se combine à la décision de séquence des retraits. L'Optimiseur de retraits et Comparer les plans gèrent cette interaction dans le même plan.
En résumé
Le conseil de déplacer votre portefeuille vers les obligations à la retraite était juste pour un autre retraité canadien. Il était juste quand les retraites duraient de 15 à 20 ans, quand les régimes à prestations déterminées faisaient le gros du travail et quand l'inflation était une considération secondaire. Pour la plupart des Canadiens qui prennent aujourd'hui leur retraite avec un horizon de 25 à 30 ans et un portefeuille qui fait l'essentiel du travail, les calculs montrent que la trajectoire de répartition traditionnelle laisse de l'argent sur la table. Un coussin de liquidités calibré sur votre fenêtre de risque de séquence, avec le reste du portefeuille maintenu en actions, est le cadre que les calculs appuient.
Si votre plan actuel repose sur l'hypothèse qu'il faut « passer aux obligations à 65 ans », il vaut la peine de le soumettre à un test de résistance sur l'horizon de 27 ans qu'il finance réellement. Le Score de réussite Monte-Carlo, l'Optimiseur de retraits et Comparer les plans d'Optiml sont conçus pour rendre cette comparaison concrète. Vous pouvez modéliser votre propre plan sur optiml.ca et voir à quoi ressemble un cadre à exposition soutenue aux actions par rapport à votre trajectoire de répartition traditionnelle, côte à côte, avec vos chiffres.
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